Paris, 13 juillet 2011 - Visualiser l'eAlerte
Droit à déduction - calcul du prorata TVA / taxe sur les salaires - relations siège / succursale étrangère
Par un arrêt du 11 juillet 2011, le Conseil d’État (CE. 11 juillet 2011, n°301849 Société Le Crédit Lyonnais) a décidé de saisir la Cour de Justice de l’Union Européenne de plusieurs questions préjudicielles visant à régler la question de la prise en compte ou non par un siège français pour la détermination de son prorata du droit à déduction de la TVA du chiffre d’affaires réalisé par ses succursales étrangères (UE et non UE). Ces questions auront également une incidence en ce qui concerne le calcul du rapport général d’assujettissement à la taxe sur les salaires.
Au cas d’espèce, cette banque française soutenait que si les intérêts facturés par un siège à ses succursales ne peuvent être pris en compte au motif que le siège forme avec ses succursales un assujetti unique, les recettes des opérations que ces dernières réalisent avec les tiers doivent, à l’inverse, être regardées comme siennes et être intégrées au calcul de son prorata de TVA et de taxe sur les salaires.
Pour rappel, du point de vue de la TVA, un siège et ses succursales étrangères entretiennent des rapports bien singuliers : entre eux, ils ne forment qu’un seul et même assujetti (Arrêt de la CJCE, 23 mars 2006, C-210/04, FCE Bank). À ce titre, les services qu’ils se rendent mutuellement sont considérés comme étant hors du champ d’application de la TVA.
À l’inverse, vis-à-vis des tiers, chaque succursale étrangère dispose d’une existence propre, dès lors qu’elle constitue un établissement stable dans son pays d’implantation. À ce titre, les opérations réalisées avec ces tiers entrent en principe dans le champ d’application de la TVA.
Ce statut «hybride» conduit à bien des questions lorsqu’il s’agit de déterminer les droits à déduction du siège ou de ses succursales, et notamment :
Le 11 juillet 2011, le Conseil d’État a donc décidé de «jeter le pavé dans la mare» en saisissant la Cour de Justice de l’Union Européenne de plusieurs questions préjudicielles visant à régler ces incertitudes.
La Cour de Justice de l’Union Européenne devra articuler des principes liés d’une part au champ d’application de la TVA et d’autre part, aux règles de territorialité.
La décision est très attendue, non seulement en matière de TVA, mais également au regard de la taxe sur les salaires, pour laquelle les mêmes questions se posent.
En témoigne la contradiction entre la décision de la Cour Administrative d’Appel de Versailles (5 février 2009), qui considère qu’une succursale française rendant exclusivement des prestations de services à son siège étranger doit voir son assujettissement à la taxe sur les salaires déterminé en fonction de l’assujettissement à la TVA de son siège, tandis qu’un rescrit du 10 juin 2008 admet que la succursale puisse calculer son pourcentage d’assujettissement en prenant en compte les opérations réalisées avec son siège comme s’il s’agissait d’une personne distincte.
La décision du Conseil d’État laisse donc entendre que la question d’un prorata TVA et taxe sur les salaires mondial n’est pas encore tranchée à ce jour. Ce point doit donc être suivi avec attention par les entreprises pour décider de l’opportunité d’engager une action en réclamation sur ce fondement.
Input VAT recovery ratio – Towards a
worldwide “pro-rata?”
Request for a preliminary ruling
referred by the Conseil d’Etat in France to the EUCJ
On 11 July 2011, the “Conseil d’Etat” referred to the European Union Court of Justice (“EUCJ”) a number of questions for preliminary ruling concerning the determination of the amount of deductible VAT for a French bank with branches established in EU and non-EU countries.
The EUCJ will have to determine whether the turnover of the non-EU branches of the French bank can be taken into account in the calculation of the VAT pro-rata of the French head office.
The calculation of the input VAT recovery ratio of a taxpayer (for any VAT which cannot be directly attributed) is determined by the structure of his turnover (i.e., some transactions increase the right to recover input VAT, whilst others do not). When a taxpayer has several foreign branches, the question is essentially: what turnover is to be included in the pro-rata? Only the head-office’s turnover, or the turnover of the head-office, plus that of its branches (both EU and non-EU)?
Currently, under French VAT rules, each establishment (ie branch or head-office) calculates its own input VAT recovery ratio with its ‘own’ turnover figures, mainly because each one is considered as a separate permanent establishment for VAT purposes in its country.
However, because the head-office and its branches are considered for VAT purposes as being part of the same legal entity, the transactions between them are considered by the EUCJ as being outside of the scope of VAT, and should, consequently, be excluded from the calculation of the VAT recovery pro-rata: in other words for input VAT recovery purposes the turnover between a branch and its head office is not taken into account.
The current situation creates a distortion in the treatment of branches compared to other banks for example structured through subsidiaries. For banks organised through branches, either they are considered as one single entity with their head-office, and then the whole legal entity should be able to take into account its global turnover with third parties, or each branch is considered as a separate entity for VAT purposes and then, as for any ‘normal’ taxpayer, the transactions that take place between them would be taken into account in the calculation of the input VAT recovery pro-rata.
The question is of significance when one considers that
The questions referred by the Conseil d’Etat to the EUCJ attempt to resolve this contradiction by asking the EUCJ to determine a consistent position in relation to the following:
The decision from the EUCJ may have an important impact on the determination of the amount of deductible input VAT, especially for European Financial Services and Insurance companies, which structurally use foreign branches, especially outside of the EU for generally regulatory reasons.
In France, the outcome of this case will also have a significant impact on the calculation of the amount of payroll tax (“taxe sur les salaries”) payable, which is far from negligible for these sectors[2].
Taxpayers should consider, therefore, the potential consequences of the decision of the EUCJ and consider the various options available to preserve their rights to recover input VAT, whatever the solution adopted by the EUCJ.
[1] Most banking and insurance transactions give rise to the right to recover the input VAT related thereto if the recipient of the transaction is established outside of the EU.
[2] Taxe sur les Salaires applies on salaries paid to employees and is applied at a progressive rate (average is around 10-13%) for companies that do not recover input VAT (VAT exempt sectors mainly). The amount of the tax due is inversely proportional to the VAT pro-rata and increases depending on the percentage of operations that do not give rise to the right to recover input VAT.